La dé-synchronisation

Cela fait maintenant un peu plus d’un mois que j’ai quitté mon pays. C’est l’occasion de s’asseoir et prendre du recul sur ce déménagement et la distance avec mes proches.

J’ai posé mon pied sur le sol américain le 26 juin. Les au-revoir avec les êtres aimés, le vol, l’arrivée, tout semble encore irréel.

Pour autant, je ne crois pas que le déménagement soit difficile en lui-même. J’ai déménagé pour la première fois de ma vie à 14 ans, et depuis je n’ai jamais revécu chez mes parents, toujours à la recherche de mon prochain challenge. Avec le temps j’ai fini par réaliser que mes idées et mon besoin de les partager m’amèneront à m’éloigner toujours un peu plus d’eux, et de tous ceux que j’aime. Pourvu qu’ils soient heureux et en bonne santé, je suis heureuse et rassurée.

A grand projet, grand sacrifice… n’est-ce pas ?

Et puis chacun de mes déménagements a été précédé de ce sentiment d’évidence. L’absence de doute et l’envie de foncer sur ma route.

Mon cœur reste rempli d’amour pour les gens que j’ai quitté et je leur envoie toutes mes pensées chaque jour, même lorsque ce n’est pas dit. J’ose espérer qu’ils les ressentent – jusque dans leur être – depuis l’autre côté de l’océan.

Je me souviens avoir quitté une amie qui m’est chère, à New York (l’heureux hasard voulait qu’elle soit présente quelques jours dans la ville quand j’arrivais). Nous nous sommes dit au revoir dans une avenue et je crois lui avoir dit « On se voit vite. Décembre c’est super proche. »

(Nous étions fin juin…)

Elle m’a regardé avec un demi-sourire : je ne réalisais pas où j’étais et à quelle distance de la France j’étais. Après tout, j’avais quitté mes parents et mon pays quelques heures auparavant !

Petit à petit, matin après matin, je réalise progressivement en parcourant la dernière distance, et peut-être la plus importante : celle qui est psychologique. J’ai déménagé physiquement et mon esprit fait maintenant le même trajet. Je vois des photos de Paris, de la France, et mon pays me parait d’un coup tout petit et chaleureux, me donnant la sensation d’un cocon plein d’amour.

Ce qui me permet le plus de capter et toucher du doigt mon déménagement, c’est le décalage horaire. Car je ne vis plus les choses au même moment. Mon matin est l’après-midi des gens que j’aime. Ma nuit est leur matin.

C’est peut-être ça le plus difficile, la dé-synchronisation.

Ne plus partager le même fuseau horaire éloigne nos quotidiens.

Et pour rester synchronisée, il faut presque vivre une seconde vie, ouvrir grand la fenêtre qui me permet de partager au moment T des instants communs de vie. Cela demande une énergie particulière parfois, une extra-énergie à créer. Mais c’est une belle preuve d’amour qui empêchera aux relations de s’étioler avec le temps et la distance.

Alice

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