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  • Littérature : Le Comte de Monte Cristo

    Roman de Alexandre Dumas, publié en 1844

    2023. Les Pouilles – Italie
    Un soir, je commande depuis mon hôtel les 2 Tomes du Comte de Monte Cristo – plus ou moins 1600 pages au total selon l’édition. Je vais dévorer le premier tome en une semaine, et quasiment terminer le second avant la fin de mes vacances.

    Ce fût ma pause du midi entre deux visites, mon temps off à la plage, mon apéritif accompagné d’un spritz, mon compagnon dans le train, dans l’avion. Ou encore mon temps calme le soir à l’hôtel, juste avant de tendre le bras pour éteindre la lumière de chevet.

    Un roman à la structure impeccable et à la retranscription sans égale de la résurrection d’un homme trahi.

    Presque 200 ans après son écriture, le Comte de Monte Cristo n’a peut-être jamais été aussi populaire, avec notamment l’adaptation du roman au grand écran. Ici je m’intéresserais seulement au livre, aux mots et à l’œuvre d’Alexandre Dumas.

    L’histoire s’ouvre sur une trahison. Le jeune Edmond Dantès, un brave marin de Marseille, se fait piéger le jour de son mariage. Dans la petite chapelle où il est sur le point d’échanger ses vœux, c’est aux yeux de sa future femme et de son père, qu’il se fait arrêter. Bien qu’innocent, il sera jeté en prison, dans le célèbre Château d’If.

    De cette trahison, de tout ce qu’il perdra et de sa survie, naîtra le Comte de Monte-Cristo. Un homme fort et mystérieux, un homme riche, aux origines inconnues et aux influences orientales. Cette naissance c’est la naissance d’un alter ego qui permet de survivre.

    Celui-ci m’a d’ailleurs fait penser à Teddy Daniels dans Shutter Islands (Leonardo DiCaprio) ainsi qu’au Narrateur dans Fight Club (Edward Norton) qui grâce à son alter ego Tyler Durden (Brad Pitt) va pouvoir vivre (pour de vrai).

    Si les deux premiers rôles cités subissent plutôt une forme de schizophrénie, celle-ci reste cependant bien une réponse à une réalité ou un quotidien insupportable, et ce dans un but similaire : survivre (au niveau du psychisme). Monte Cristo peut, à travers sa naissance, poursuivre son but (qui lui a permis de faire survivre Dantes) : la vengeance. Et il est si fort qu’on va assister à la construction d’un surhomme qui ne plie jamais.

    C’est aussi cela qui me frappe dans le livre, le Comte ne possède aucun super pouvoir. Rien ne le destinait à devenir cet homme (c’était un marin brave mais naïf). Et pourtant, parce qu’il l’a décidé, il est devenu cet homme. Ce surhomme.

    _

    Une fois à Paris, le comte est visiblement supérieur à la société qu’il fréquente, et ce, en tout point. Il est plus intelligent, il est plus rapide, il est plus fort, plus influent, il est plus riche, il est plus mystérieux.

    Cette supériorité le positionne encore une fois comme une sorte de Dieu, qui déplace ses pions pour amener chaque personnage au destin qu’il mérite. La mort, le purgatoire ou la vie.

    En plus de son désintérêt politique et son absence d’implication dans la révolution (l’atmosphère révolutionnaire revient plusieurs fois durant le livre), le Comte ne réclame également aucune justice. Il fait la justice. Et il est seul. Il n’a besoin de personne. Sans amis, il est entouré d’esclaves et d’hommes à tout faire qu’il retient par leurs sombres secrets du passé.

    «Je suis un de ces êtes exceptionnels, oui, monsieur, et je crois que, jusqu’à ce jour, aucun homme ne s’est trouvé dans une position semblable à la mienne. Les royaumes des rois sont limités, soit par des montagnes, soit par des rivières, soit par un changement de moeurs, soit par une mutation de langage. Mon royaume, à moi, est grand comme le monde, car je ne suis ni italien, ni français, ni indou, ni américain, ni espagnol ; je suis cosmopolite. Nul pays ne peut dire qu’il m’a vu naître. Dieu seul sait quelle contrée me verra mourir. J’adopte tous les usages, je parle toutes les langues. Vous me croyez français, vous, n’est-ce pas, car je parle français avec la même facilité et la même pureté que vous ? Eh bien ! Ali, mon nubien, me croit arabe, Bertuccio, mon intendant, me croit romain, Haydée, mon esclave, me croit grec. Donc vous comprenez, n’étant d’aucun pays, ne demandant protection à aucun gouvernement, ne reconnaissant aucun homme pour mon frère, pas un seul des scrupules qui arrêtent les puissants ou des obstacles qui paralysent les faibles ne me paralyse ou ne m’arrête. Je n’ai que deux adversaires ; je ne dirai pas vainqueurs, car avec de la persistance je les soumets ; c’est la distance et le temps. Le troisième, et le plus terrible, c’est ma condition d’homme mortel. Celle-là seule peut m’arrêter dans le chemin où je marche, et avant que je n’aie atteint le but auquel je tends : tout le reste, je l’ai calculé. Ce que les hommes appellent les chances du sort, c’est-à-dire la ruine, le changement, les éventualités, je les ai toutes prévues ; et si quelques-unes peuvent m’atteindre, aucune ne peut me renverser. A moins que je ne meure, je serai toujours ce que je suis (…).»

    Le Comte de Monte Cristo, Alexandre Dumas

     Sa « pâleur mortelle », son apparence préservée du temps mais également sa capacité à ne jamais manger lors des scènes de repas renforcent cette idée : il transgresse les lois naturelles de l’être humain.

    Est-il même humain ?

    Dans une oxymore splendide et éponyme au livre, il revêt le nom du Christ, Monte Cristo, pour sa résurrection, tandis qu’il n’a pour unique but que de se venger (et en mission plus annexe de sauver les « bons »).

    Cela démontre la dualité qui existe dans ce nouvel homme : la part lumineuse et la part sombre. Une dualité très religieuse (Dieu et Satan, l’Enfer et le Paradis). A noter que les parallèles avec la Bible sont nombreux dans ce livre, avec notamment les nombreuses citations de versets bibliques citées auprès de Mercédès. Et épousent parfaitement cette image de surhomme.

    Finalement, le roman se clôt sur un processus achevé. Edmond Dantès et Monte Cristo ne font plus qu’un. Le Comte qui, « pareil à Satan, s’est cru un instant l’égal de Dieu », reconnait, « avec l’humilité d’un chrétien, qu’aux mains de Dieu seul est la suprême puissance et la sagesse infinie.»

    C’est le témoignage d’une survie via la résurrection, via la naissance d’un alter ego, plus puissant, intouchable. C’est un plaidoyer pour la force mentale de l’Homme, immense, illimitée dans sa plasticité…

    Ce livre résonne et me rappelle ces fois où l’on tient bon face à l’adversité et ce, dans le désespoir le plus absolu. Il me rappelle cette nouvelle version qui naît dans l’incendie. De cette promesse de ne plus souffrir encore et encore au même motif.

    Mais ce livre, c’est également un témoignage : un fonctionnement uniquement nourri par une douleur aveuglante peut nous abîmer et nous perdre. Par la promesse de ne plus souffrir au même motif, on en appelle à de nouveaux stratagèmes : la force, la distance, le contrôle. Qui sont parfois nécessaires à la guérison. La douleur appelle la sur-force et la surprotection. L’extrême appelle l’extrême. Le cheminement de l’un vers l’autre nous permet finalement de retrouver notre fragilité, et de l’embrasser, avec cette nouvelle force. De là naît notre équilibre. De là peut-on célébrer une véritable éclosion. L’évolution du « je » et de son humanité. Humain, vivant, mortel, fort et vulnérable. Le roman rejette tout fatalisme et déterminisme. Il a trouvé écho avec ma conviction : tout est possible, si on le décide, et si notre cœur reste ouvert.

    A mon sens, Le Comte de Monte-Cristo est une ode à la renaissance — non comme triomphe et finalité, mais comme chemin — et aux retrouvailles fragiles avec soi-même.

    Pour l’anecdote je me souviens avoir refermé le livre et avoir murmuré « merci Alexandre Dumas. »

    J’en conviens, cela peut paraître étrange alors je terminerais cet article avec :

    Lisez ce livre !

  • Littérature : L’Homme qui Rit

    Roman de Victor Hugo, publié en 1869

    J’ai beaucoup lu et j’ai aimé beaucoup de livres. Mais je crois qu’il serait juste de dire que L’Homme qui Rit fait parti des livres qui m’ont marqué au fer rouge.

    L’histoire suit la vie de Gwynplaine, un petit garçon au visage mutilé par un groupe de trafiquants d’enfants, qui créent des monstres de foire afin de les revendre.

    Cette mutilation c’est le « sourire éternel ».

    Et quoi de plus oxymorique qu’un sourire éternel, gravé au couteau sur le visage d’un enfant abandonné qui sera par la suite exhibé dans une foire ?

    Victor Hugo nous propose un chef d’œuvre, d’une modernité à toute épreuve tant les sujets sont, dans un sens, contemporains. Les recherches, la structure, l’histoire en tant que telle. Et les mots ! Ah les mots… Ils évoquent tantôt la lumière, tantôt l’obscurité. Par-dessus tout, ils soulignent la beauté, la pureté des sentiments et des êtres meurtris qui composent le récit.

    Des extraits de ce livre remplissent mon téléphone.

    « Deux exclusions s’admettaient. Deux lacunes se combinaient pour se compléter. Ils se tenaient par ce qui leur manquait. Par l’un était pauvre, l’autre était riche. Le malheur de l’un faisait le trésor de l’autre. Si Dea n’eût pas été aveugle, eût-elle choisi Gwynplaine ? Si Gwynplaine n’eût pas été défiguré, eût-il préféré Dea ? Elle probablement n’eût pas plus voulu du difforme que lui de l’infirme. Quel bonheur pour Dea que Gwynplaine fût hideux ! Quelle chance pour Gwynplaine que Dea fût aveugle ! En dehors de leur appareillement providentiel, ils étaient impossibles. Un prodigieux besoin l’un de l’autre était au fond de leur amour. Gwynplaine sauvait Dea, Dea sauvait Gwynplaine. Rencontre de misères produisant l’adhérence. Embrasement d’engloutis dans le gouffre. Rien de plus étroit, rien de plus désespéré, rien de plus exquis. »
    Victor Hugo – L’Homme qui Rit

    Étonnamment, c’est un livre dont la beauté m’a coupé le souffle. Dont le romantisme m’a fait rêver. Il traite d’un amour profond, presque religieux, dans un monde pourtant boueux, indifférent à la douleur. C’est l’histoire d’une lumière qui éclate dans le noir. C’est l’histoire d’un amour désintéressé qui vient percer dans l’obscurité.

    L’auteur nous donne espoir en une union merveilleuse, en n’évoquant jamais la fidélité, car après tout, qu’est ce que la notion de fidélité dans une bulle où rien d’autre n’existe que l’élu de votre cœur ? Cet amour est si fort qu’il se suffit à lui-même, tout en évoluant dans une routine satisfaisante et un entourage réduit et bienveillant. Que demander de plus pour deux infirmes, exhibés dans des foires comme des bêtes humaines ?

    Cet amour rayonne de toutes ses forces, tandis que nos deux meurtris affrontent une vie difficile et injuste. « C’est nous contre le monde ». Mais ceux-là ont accepté leur destin et nous montre que seul l’amour mène à une vie supportable.

    Finalement, L’Homme qui Rit résonne en moi comme une note d’espoir, désespérée mais merveilleuse.

    « L’espérance brûle et luit sur l’angoisse comme le naphte sur l’eau. Cette flamme surnageante flotte éternellement sur la douleur humaine. »
    Victor Hugo – L’Homme qui Rit

  • Avoir une voix, c’est être vivant et se taire ou être tu, c’est mourir

    Francis Bacon – Study for A Head (huile sur toile)

    Réflexions sur la voix comme acte d’existence

    Avoir une voix représente l’occasion de montrer au monde entier notre individualité. Par individualité j’entends la manière singulière d’habiter ce monde. La somme de nos sens, de notre sensibilité, de notre histoire, de nos choix, de nos échecs, de nos réussites. La somme de notre amour, de notre espoir et de nos cicatrices. Et ce droit, constant, d’évoluer comme une œuvre d’art en devenir.

    Oui, notre voix est notre manifeste.

    Fait intéressant d’ailleurs, dans les régimes totalitaires il faut réduire au silence et à néant l’individu. Celui-ci doit s’effacer au profit du groupe, au profit de la création d’une société nouvelle, pourtant « guidée » par un individu unique (seul) qui lui, est autorisé à penser (pourquoi lui et pas les autres ?). L’individu dont on tait la voix doit alors se déformer pour faire corps avec d’autres individus bâillonnés, afin de créer ce groupe uniforme, à la pensée unique et surtout à la pensée dictée. Leur réalité est tue, leurs pensées étouffées.

    Grâce à quelques années de vie (30 au total ! ), de risques et de sacrifices pour mes projets, j’ai pu rencontrer ces êtres bien vivants – oui, même dans une démocratie – ceux qui tenteraient tout pour étouffer votre voix, pour l’étioler ou la brûler. Ceux-là même n’auront qu’une volonté : éteindre votre souffle. Leur voix est la voie. Leur voie est la voix. Étonnamment, il s’agira souvent d’esprits petits, cloisonnés, assez hardis pour juger, mais rarement assez courageux pour accepter la différence. Incapable de vous comprendre, ils tenteront de vous contrôler. De contrôler vos rêves, jugés démesurément grands ou votre vision démesurément folle.

    Je parle de courage, car le contrôle répond souvent à la peur, au besoin de sécurité interne, de maîtrise interne. Le contrôle renvoie à ses propres limites, à ses failles, à ses contradictions. Parfois à ses désirs refoulés. Contrôler l’autre c’est refuser de se confronter à ses propres croyances, à ses propres limites. On tente de remettre dans un cadre quelqu’un qui n’y est pas. Et dans un cadre j’entends : « mon cadre ».

    Si vous faites peur pour votre différence, félicitations. Célébrez cela. Si vos proches vous aiment dans votre différence, félicitations. Célébrez cela.

    Si vous croisez des gens curieux, ouverts. Profitez de cette occasion pour explorer votre différence et celle des autres.

    Fuyez ceux qui tenteront de vous contrôler. Conservez votre énergie, conservez votre voix. Les écouter ne vous permettrait d’entendre que des inepties, du jugement et voir une boîte dans laquelle on essaye de vous enfermer. Le jugement n’est pas débat. Et leur boîte ne se transformera pas en un foyer aimant si vous acceptez de vivre dedans. Leur boîte, c’est votre prison.

    Car se taire c’est s’amputer. Se taire c’est renoncer symboliquement à être de ce monde. Et laisser les autres nous taire, c’est laisser les autres nous tuer.

    Avoir une voix. Dire « Je ». Voilà une manière d’affirmer son être et de dire au monde « Je suis là et je vis ».

    J’y vois une grande beauté dans cela.

    Pour ma part, l’art est ma voix/e. Je parle, je crée, j’écris. Je vis.

    L’art est ce chemin qui me ramène à moi-même, qu’importe si cet art est la peinture, la pâtisserie ou l’écriture. Il m’ancre à tout ce que j’ai bâti en moi. Ce que j’ai vécu. Les choix que j’ai fait. Les êtres que j’aime ou que j’ai aimé. Ce qui m’a animé, a fait vibrer mon cœur et m’a fait soulever des montagnes. Et n’en déplaise, tout ce que je souhaite créer dans ma vie sera empreint de cela. De mes obsessions. De mes doutes. De mes tripes. De mon obscurité et de ma lumière.

    Dans la création j’y trouve ma vulnérabilité, dont découle une force, bien plus complexe et impressionnante selon moi que ce que perçoit la société comme la « force ».

    La force dont je parle, sans comparer les êtres qui la porte, je la vois chez Frida Kahlo, je la vois chez Vincent Van Gogh, je la vois chez Anthony Bourdain. Sensibles, fragiles. Qui ont assumé cette sensibilité dans leur art et partagé leur douleur avec bravoure et dignité. VVG ne connaîtra jamais le succès de son vivant, et pourtant il restera fidèle à ses coups de peinture, ses couleurs, sa vision. Il ne trahira jamais son art, sa voix. Il ne trahira jamais son être.

    C’est ce genre d’être qu’il faut admirer. Car c’est là la véritable force d’un être humain à mon sens.

    Utiliser sa voix pour s’assumer. Assumer son être, montrer ses tripes, dévoiler ses entrailles. Refuser les petites pensées des petites personnes : « Mesdames et messieurs voilà qui je suis, voilà ma vérité, voilà mes convictions. » Voilà la véritable force. Braver les doutes et être.

    Peu importe la manière, peu importe le timing, peu importe votre art (de vivre) et votre âge. Avoir une voix, être soi, porter haut et fort son message. VIVRE. Voilà ce qui importe.

    Prenez soin de vous. De votre être,
    Alice

  • Van Gogh, l’âme pure

    J’ai commencé à m’intéresser tardivement à Vincent Van Gogh. Sûrement n’étais-je pas encore prête à accueillir dans mon cœur son art et son histoire. Dès ma – vraie – première interaction avec ceux-ci, j’y ai ressenti une sensibilité exceptionnelle, une mélancolie enveloppante et surtout une honnêteté brutale, qui reflète toute sa douleur dans son cœur.

    Né aux Pays-Bas dans une famille modeste, Van Gogh démarre sa carrière en tant que marchand d’art. En proie au doute, il se rapprochera progressivement de la religion jusqu’à démarrer des études de théologie pour devenir prédicateur laïc. Le cadre lui devient vite insupportable et il finira par suivre un programme court et intensif pour embrasser sa vocation religieuse.

    Fait intéressant, il obtiendra un poste en Belgique qu’il conservera 6 mois. Il vivra là bas dans des conditions précaires, en mangeant peu, en dormant à même le sol ou encore en donnant ses vêtements aux pauvres et ça par volonté de respecter l’Evangile. Les autorités religieuses le congédieront, jugeant sa manière de vivre peu respectable pour un pasteur.

    Ce passage, de la religion à l’art, peut sembler anecdotique mais il en est tout autre ; il est décisif. A l’instar de Victor Hugo, il considérera son art comme sa mission spirituelle.

    Il finira par déménager successivement à Paris puis à Arles, toujours épaulé par son frère tant d’un point de vue moral que financier. Celui-ci, marchand d’art, a d’ailleurs tenté toute sa vie de faire connaître son frère en vendant ses œuvres mais chaque tentative fut un échec cuisant (de son vivant il ne vendit qu’un tableau). Leur correspondance est d’ailleurs devenue célèbre tant elle est touchante, honnête et fraternelle, comptant pas moins de 650 lettres. Je vous conseille d’ailleurs d’en lire quelques unes, elles vous permettront d’apprécier davantage encore l’art de Van Gogh, et de comprendre son évolution artistique. Elles sont aussi un véritable manifeste de ce qu’est un amour désintéressé, pur et sincère.

     « Je sens en moi un feu que je ne puis éteindre, mais je ne sais pas comment me réchauffer aux autres avec lui »
    Vincent Van Gogh

    « Je crois que ce feu dont tu parles, il faut le laisser brûler, Vincent. Même si personne ne le voit encore, il t’éclaire. »
    Théo Van Gogh

    N’est ce pas magnifique ?

    Théo Van Gogh, restera aux côtés de son frère coûte que coûte, à travers l’échec, les doutes et même l’internement. Il trouvera la mort 6 mois après le suicide de son frère, empli de chagrin et atteint par la syphilis.

    Van Gogh et moi

    J’ai parcouru le MET, à New York, pour le trouver, sans indication aucune. Par plaisir du hasard. J’ai fini par rejoindre la galerie que mon cœur réclamait. Et j’ai vu. J’ai vu ses œuvres, les vraies, j’ai vu ses tournesols, ses arbres, ses coups de pinceaux, j’ai ressenti l’âme d’un homme torturé, douloureux mais d’une force rare à travers ses tableaux.

    D’ailleurs, elle – sa force – et son courage ont d’ailleurs été trop souvent oubliés, au « profit » de son oreille coupée (immortalisé avec Portrait à l’Oreille Bandée – 1889), alimentant la légende d’un personnage malade, fou à lier. Pourtant, il a dû lui en falloir du courage, pour déménager de son pays, accepter encore et encore l’échec, douter, aimer sincèrement et parfois désespérément et puis…trouver l’art et la paix, sans jamais être reconnu pour autant. Jugé comme un peintre au style trop brut et trop irrégulier par ses pairs, avec des coups de pinceaux trop lourds, trop négligés, sa peinture est aussi vue comme excessivement émotionnelle et trop audacieuse pour l’époque. Lorsqu’on se penche sur sa vie, tout fait sens. Point de demie-mesure, son âme et sa vie sont au service de son art.

    « Nous serons pauvres et nous souffrirons la misère aussi longtemps qu’il le faut, comme une ville assiégée qui n’entend pas capituler, mais nous montrerons que nous sommes quelque chose. »

    Quelle force d’avoir poursuivi la peinture, quelle force d’avoir su partager son cœur via une technique et un style jamais vus auparavant, malgré l’échec, malgré l’indifférence globale de ses contemporains.

    Sa fleur préférée, le tournesol, est si solaire qu’elle contraste avec son histoire, ses doutes et son âme torturée. Elle est pour moi un témoignage de sa résilience.

    « C’est ainsi que je vois les choses, avancer,
    avancer toujours, quoi qu’il advienne. »

    J’ai eu la chance d’aller à Saint Rémy en Provence en août 2024. J’ai visité l’asile dans lequel il a passé ses derniers moments, longé les murs, habité sa petite chambre. Sorte de voyage initiatique. Son âme torturée me parle. Point de démence à mon sens, mais un cœur trop pur, trop beau pour ce monde. Point de folie chez lui à mon sens, mais une infinie tristesse et une force de résilience incroyable. Peindre, peindre, peindre. Il faut partager, partager à tout prix.

     

    « Encore une fois, je me laisse aller à faire des étoiles trop grandes. »

    Le cœur sait qu’aucune étoile n’est trop grande si notre âme elle-même souhaite la peindre. Et Van Gogh nous montre le chemin de suivre le feu qui nous habite, coûte que coûte.

    Alice