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  • Toutes ces vies que je n’ai pas vécues

    La Clairvoyance – Magritte (1936)

    Choisir, renoncer, devenir

    Parfois, il me vient à réfléchir à toutes ces vies que je n’ai pas vécues. Je pourrais développer chacune d’entre elles et découvrir une version de moi si différente ! Pour certaines loin de la France et du métier que j’exerce aujourd’hui, pour d’autres, aux antipodes de ce que je suis devenue. J’y pense sans regret, car chaque vie écartée est synonyme d’un choix, et essentiellement d’une conviction qui m’habitait. Il a toujours été question de faire un saut en avant pour me rapprocher de moi-même. De construire mon unité.

    Choisir, c’était renoncer pour toujours, pour jamais, à tout le reste, et la quantité nombreuse de ce reste demeurait préférable à n’importe quelle unité »André Gide 

    Le principe de renoncement est essentiel dans ce concept de vie non vécue, tout autant que dans le concept inverse, le concept de vie vécue. Je citerai le fameux « ou bien…ou bien » de Kierkegaard, qui souligne que le choix n’est pas une hésitation mais une fracture. Et en choisissant je deviens quelque chose, et j’éloigne cette autre Route, par laquelle je serais devenu, peut-être, autre chose.

    Alors chaque choix devient à la fois une naissance et une perte.

    Il faut accueillir le futur et faire le deuil d’une vie qu’on décide de faire disparaitre. Il faut couver avec amour ses choix, regarder avec bienveillance ses vies non vécues et honorer qui l’ont devient.

    Pour autant, je pense que le renoncement fait parti d’une construction de soi.

    La perte d’une vie possible n’est pas une négation ni une amputation.

    Ce n’est pas quelque chose qu’on soustraie. Au contraire, je pense que la perte est structurelle et qu’elle permet, dans le choix de vie et le choix de perte, de mieux se connaître. De renforcer nos convictions et construire notre histoire. Faire un pas est un choix, et celui-ci est toujours synonyme d’un « et », d’une virgule, et plus largement d’une étincelle de vie.

    Et dans ce pas en avant, il est cette question d’action, de vie. D’ailleurs, le choix et le renoncement m’ont très tôt appris que tout est possible. Ils sont synonymes de mouvement. Par conséquence, en cas de doute, il est possible de recalculer son chemin… Et en cas d’urgence, il y a une porte qu’il est toujours possible d’emprunter pour se sauver. Pour survivre.

    La liberté que je peux explorer à travers le choix est justement définie par les choix que je me permets d’avoir, les choix que j’ai l’opportunité de faire, et les choix que je fais. Partant de ces postulats, le choix est lui-même une forme de liberté que je peux plus ou moins définir.

    Je pourrais décider de partir vivre au Japon demain. Seul l’aspect administratif pourrait retarder ou compliquer ce choix. Si c’est en Europe, il n’y a aucune limite qui s’oppose au projet. Je pourrais faire une nouvelle reconversion.

    Et puis il y toutes ces vies que je n’ai pas vécu… Continuer de grandir dans le foyer familial en allant au lycée de la ville. Partir travailler en Chine. Grimper les échelons dans le branding. Partir jouer aux Etats-Unis grâce à une bourse américaine pour les student athletes.

    Je pourrais énumérer un bon nombre de chemins non empruntés. Et tous les choix que j’ai fait jusqu’à présent. Etaient-ils bons ? Étaient-ils mauvais ? Seule moi peut en juger.

    D’ailleurs le « mauvais » choix est un choix. Et si d’abord cela apparaît comme une vision fataliste, je dirais qu’elle est d’abord et avant tout responsabilisante. Et donc porteuse d’espoir car cela signifie que nous avons un véritable pouvoir d’action sur nos chemins !

    « La vie ne se comprend que par un retour en arrière, mais on ne la vit qu’en avant. » – Kierkegaard dans Journal (1843)

    Je regarde en arrière, je regarde ma vie et les vies que je n’ai pas vécu. J’ai écarté ce qui ne me ressemblait pas, j’ai écarté ce qui ne me semblait pas assez challengeant. J’ai écarté ce qui ne semblait pas servir au rôle que je souhaite avoir dans cette vie. J’ai écarté ce qui ne correspondait pas à mes valeurs.

    Et si parfois le doute plane quand au «bon» ou «mauvais » choix, j’ai la certitude d’avoir toujours choisi avec les flammes au ventre, l’âme qui pétille…Ou un écrasant besoin de vivre.

    Alors, je stoppe le retour en arrière et c’est le cœur paisible que je poursuis mon chemin vers ma propre découverte.

    Et vous ?