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  • Van Gogh, l’âme pure

    J’ai commencé à m’intéresser tardivement à Vincent Van Gogh. Sûrement n’étais-je pas encore prête à accueillir dans mon cœur son art et son histoire. Dès ma – vraie – première interaction avec ceux-ci, j’y ai ressenti une sensibilité exceptionnelle, une mélancolie enveloppante et surtout une honnêteté brutale, qui reflète toute sa douleur dans son cœur.

    Né aux Pays-Bas dans une famille modeste, Van Gogh démarre sa carrière en tant que marchand d’art. En proie au doute, il se rapprochera progressivement de la religion jusqu’à démarrer des études de théologie pour devenir prédicateur laïc. Le cadre lui devient vite insupportable et il finira par suivre un programme court et intensif pour embrasser sa vocation religieuse.

    Fait intéressant, il obtiendra un poste en Belgique qu’il conservera 6 mois. Il vivra là bas dans des conditions précaires, en mangeant peu, en dormant à même le sol ou encore en donnant ses vêtements aux pauvres et ça par volonté de respecter l’Evangile. Les autorités religieuses le congédieront, jugeant sa manière de vivre peu respectable pour un pasteur.

    Ce passage, de la religion à l’art, peut sembler anecdotique mais il en est tout autre ; il est décisif. A l’instar de Victor Hugo, il considérera son art comme sa mission spirituelle.

    Il finira par déménager successivement à Paris puis à Arles, toujours épaulé par son frère tant d’un point de vue moral que financier. Celui-ci, marchand d’art, a d’ailleurs tenté toute sa vie de faire connaître son frère en vendant ses œuvres mais chaque tentative fut un échec cuisant (de son vivant il ne vendit qu’un tableau). Leur correspondance est d’ailleurs devenue célèbre tant elle est touchante, honnête et fraternelle, comptant pas moins de 650 lettres. Je vous conseille d’ailleurs d’en lire quelques unes, elles vous permettront d’apprécier davantage encore l’art de Van Gogh, et de comprendre son évolution artistique. Elles sont aussi un véritable manifeste de ce qu’est un amour désintéressé, pur et sincère.

     « Je sens en moi un feu que je ne puis éteindre, mais je ne sais pas comment me réchauffer aux autres avec lui »
    Vincent Van Gogh

    « Je crois que ce feu dont tu parles, il faut le laisser brûler, Vincent. Même si personne ne le voit encore, il t’éclaire. »
    Théo Van Gogh

    N’est ce pas magnifique ?

    Théo Van Gogh, restera aux côtés de son frère coûte que coûte, à travers l’échec, les doutes et même l’internement. Il trouvera la mort 6 mois après le suicide de son frère, empli de chagrin et atteint par la syphilis.

    Van Gogh et moi

    J’ai parcouru le MET, à New York, pour le trouver, sans indication aucune. Par plaisir du hasard. J’ai fini par rejoindre la galerie que mon cœur réclamait. Et j’ai vu. J’ai vu ses œuvres, les vraies, j’ai vu ses tournesols, ses arbres, ses coups de pinceaux, j’ai ressenti l’âme d’un homme torturé, douloureux mais d’une force rare à travers ses tableaux.

    D’ailleurs, elle – sa force – et son courage ont d’ailleurs été trop souvent oubliés, au « profit » de son oreille coupée (immortalisé avec Portrait à l’Oreille Bandée – 1889), alimentant la légende d’un personnage malade, fou à lier. Pourtant, il a dû lui en falloir du courage, pour déménager de son pays, accepter encore et encore l’échec, douter, aimer sincèrement et parfois désespérément et puis…trouver l’art et la paix, sans jamais être reconnu pour autant. Jugé comme un peintre au style trop brut et trop irrégulier par ses pairs, avec des coups de pinceaux trop lourds, trop négligés, sa peinture est aussi vue comme excessivement émotionnelle et trop audacieuse pour l’époque. Lorsqu’on se penche sur sa vie, tout fait sens. Point de demie-mesure, son âme et sa vie sont au service de son art.

    « Nous serons pauvres et nous souffrirons la misère aussi longtemps qu’il le faut, comme une ville assiégée qui n’entend pas capituler, mais nous montrerons que nous sommes quelque chose. »

    Quelle force d’avoir poursuivi la peinture, quelle force d’avoir su partager son cœur via une technique et un style jamais vus auparavant, malgré l’échec, malgré l’indifférence globale de ses contemporains.

    Sa fleur préférée, le tournesol, est si solaire qu’elle contraste avec son histoire, ses doutes et son âme torturée. Elle est pour moi un témoignage de sa résilience.

    « C’est ainsi que je vois les choses, avancer,
    avancer toujours, quoi qu’il advienne. »

    J’ai eu la chance d’aller à Saint Rémy en Provence en août 2024. J’ai visité l’asile dans lequel il a passé ses derniers moments, longé les murs, habité sa petite chambre. Sorte de voyage initiatique. Son âme torturée me parle. Point de démence à mon sens, mais un cœur trop pur, trop beau pour ce monde. Point de folie chez lui à mon sens, mais une infinie tristesse et une force de résilience incroyable. Peindre, peindre, peindre. Il faut partager, partager à tout prix.

     

    « Encore une fois, je me laisse aller à faire des étoiles trop grandes. »

    Le cœur sait qu’aucune étoile n’est trop grande si notre âme elle-même souhaite la peindre. Et Van Gogh nous montre le chemin de suivre le feu qui nous habite, coûte que coûte.

    Alice