Roman de Victor Hugo, publié en 1869

J’ai beaucoup lu et j’ai aimé beaucoup de livres. Mais je crois qu’il serait juste de dire que L’Homme qui Rit fait parti des livres qui m’ont marqué au fer rouge.
L’histoire suit la vie de Gwynplaine, un petit garçon au visage mutilé par un groupe de trafiquants d’enfants, qui créent des monstres de foire afin de les revendre.
Cette mutilation c’est le « sourire éternel ».
Et quoi de plus oxymorique qu’un sourire éternel, gravé au couteau sur le visage d’un enfant abandonné qui sera par la suite exhibé dans une foire ?
Victor Hugo nous propose un chef d’œuvre, d’une modernité à toute épreuve tant les sujets sont, dans un sens, contemporains. Les recherches, la structure, l’histoire en tant que telle. Et les mots ! Ah les mots… Ils évoquent tantôt la lumière, tantôt l’obscurité. Par-dessus tout, ils soulignent la beauté, la pureté des sentiments et des êtres meurtris qui composent le récit.
Des extraits de ce livre remplissent mon téléphone.
« Deux exclusions s’admettaient. Deux lacunes se combinaient pour se compléter. Ils se tenaient par ce qui leur manquait. Par l’un était pauvre, l’autre était riche. Le malheur de l’un faisait le trésor de l’autre. Si Dea n’eût pas été aveugle, eût-elle choisi Gwynplaine ? Si Gwynplaine n’eût pas été défiguré, eût-il préféré Dea ? Elle probablement n’eût pas plus voulu du difforme que lui de l’infirme. Quel bonheur pour Dea que Gwynplaine fût hideux ! Quelle chance pour Gwynplaine que Dea fût aveugle ! En dehors de leur appareillement providentiel, ils étaient impossibles. Un prodigieux besoin l’un de l’autre était au fond de leur amour. Gwynplaine sauvait Dea, Dea sauvait Gwynplaine. Rencontre de misères produisant l’adhérence. Embrasement d’engloutis dans le gouffre. Rien de plus étroit, rien de plus désespéré, rien de plus exquis. »
Victor Hugo – L’Homme qui Rit
Étonnamment, c’est un livre dont la beauté m’a coupé le souffle. Dont le romantisme m’a fait rêver. Il traite d’un amour profond, presque religieux, dans un monde pourtant boueux, indifférent à la douleur. C’est l’histoire d’une lumière qui éclate dans le noir. C’est l’histoire d’un amour désintéressé qui vient percer dans l’obscurité.
L’auteur nous donne espoir en une union merveilleuse, en n’évoquant jamais la fidélité, car après tout, qu’est ce que la notion de fidélité dans une bulle où rien d’autre n’existe que l’élu de votre cœur ? Cet amour est si fort qu’il se suffit à lui-même, tout en évoluant dans une routine satisfaisante et un entourage réduit et bienveillant. Que demander de plus pour deux infirmes, exhibés dans des foires comme des bêtes humaines ?
Cet amour rayonne de toutes ses forces, tandis que nos deux meurtris affrontent une vie difficile et injuste. « C’est nous contre le monde ». Mais ceux-là ont accepté leur destin et nous montre que seul l’amour mène à une vie supportable.
Finalement, L’Homme qui Rit résonne en moi comme une note d’espoir, désespérée mais merveilleuse.
« L’espérance brûle et luit sur l’angoisse comme le naphte sur l’eau. Cette flamme surnageante flotte éternellement sur la douleur humaine. »
Victor Hugo – L’Homme qui Rit
